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La Bataille de Leuctres

 

Rene HYS Bataille de LeuctresPREAMBULE

L’analyse stratégique nous semble répondre à une logique ternaire.

Tout d’abord, la théorie : L’étude des auteurs stratèges et stratégistes [1], avec leurs différentes analyses, théories et concepts, apporte les fondements de la réflexion stratégique.
Ensuite, les exemples historiques : Les situations chaotiques [2] historiques fournissent autant d’applications pratiques vécues, qu’elles soient extraites de conflits généralisés, de batailles, de coups de main ou de négociations politiques.
Enfin, les applications pratiques : L’étude des concepts et des exemples historiques n’a de sens que dans un objectif de recherche de solutions contemporaines. Ainsi ces cas pratiques actuels sont l’aboutissement d’une réflexion stratégique éclairée par ses sources anciennes .

Après nous être intéressés à la théorie avec une première vue d’ensemble de la pensée de Machiavel [3] au travers de son ouvrage de référence « Le Prince », puis à une analyse pratique avec la stratégie politique mise en place lors de la campagne électorale de Barack OBAMA en 2008 [4], nous nous tournons vers un exemple historique avec une bataille antique particulièrement marquante dans l’histoire de la stratégie : La Bataille de Leuctres.

Notes de bas de page
[1] Nous distinguons stratèges et stratégistes. Les stratèges sont ceux qui élaborent et souvent mettent en application des stratégies, alors que les stratégistes sont ceux qui analysent lesdites stratégies, généralement en les comparant, les rapprochant et les synthétisant.
[2] Plutôt que conflit, guerre ou bataille nous préférons l’usage du terme « Situation chaotique ». La situation chaotique est une situation d’instabilité dans laquelle le conflit quel qu’il soit est présent qu’il soit déclaré ou non.
[3] Le Prince, Machiavel, Note de lecture, René Hys, 2010.
[4] Campagne OBAMA et ses applications pratiques, Article, René Hys, 2010

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Introduction

A Leuctres, en 371 av .JC, réalisant une rupture avec la tactique séculaire, le général thébain Epaminondas pose les bases qui permettront à tous les stratèges postérieurs d’élaborer ce qui deviendra l’Art de la guerre.
Après avoir rappelée la situation globale et décrit le modèle stratégique ancien, nous verrons en quoi la Bataille de Leuctres représente une véritable révolution en terme de stratégie.

1. Situation

1.1. Un contexte de luttes incessantes

Après une période de conflits permanents entre les différentes cités grecques et 27 années de guerre, la prééminence d’Athènes disparaît au profit de Sparte qui, suite à une montée en puissance discontinue, assure son hégémonie à partir de 404 av.JC.
Thèbes, grâce au général Epaminondas, marque la fin de cette emprise spartiate.
Dans son analyse de la période, Sir Basil Liddell Hart [1] s’interroge sur les facteurs déterminants ayant eu une influence décisive sur la chute de Sparte. Il retient principalement l’innovation apportée la science de la guerre, portée par un homme hors du commun.
Epaminondas est l’origine et l’acteur principal d’un bouleversement majeur dans l’art de la guerre en posant de nouvelles fondations à la tactique, à la stratégie et initiant ce que Sir Basil Liddell Hart appelle l’approche indirecte [2].

1.2. Des protagonistes puissants

- Thèbes

Thèbes est la principale cité de Béotie en Grèce. Sa réputation est mythique et légendaire. Sophocle la décrit comme « la seule cité où des mortelles donnent naissance à des dieux » En 431 av JC, Thèbes s’empare de Platées, alliée d’Athènes. Cette victoire déclenche la guerre du Péloponnèse opposant Athènes et Sparte entre 431 av JC et 404 av JC, suivie d’une période de rivalité avec Sparte pour la suprématie en Grèce.
C’est en 371 av. JC, durant cette période de troubles avec Sparte, que se déroule la bataille de Leuctres.

Notes de bas de page
[1] Basil H. Lidell Hart est sans conteste un des rares maîtres de la stratégie dont les analyses conjuguant culture historique et technique permettent des mises en correspondance politico-strategique et tactico-technique d’une puissance telle qu’il fut une référence pour Guderian et Rommel en Allemagne, MacArthur aux Etats-Unis, Radek et Toukhatchevski en URSS. Il est l’auteur de très nombreuses notes et analyses, mais son plus fameux ouvrage « Stratégie » , plus qu’un ouvrage est « l’oeuvre » de Lidell Hart. Sa première mouture de 1929 sera de nombreuses fois remaniée, du vivant même de l’auteur.
[2] L’approche indirecte selon Lidell Hart est une combinaison de deux processus : D’une part, la distraction par laquelle l’ennemi est privé de sa liberté d’action tant physiquement que psychologiquement, d’autre part, l’attaque sur la ligne de moindre attente ou ligne de moindre résistance.

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- Sparte

Sparte s’est lancée dans la guerre du Péloponnèse sous la bannière de la liberté et de l’autonomie des cités menacées par l’impérialisme athénien. Toutefois, après avoir vaincu celui-ci, elle agit de même : elle impose un tribut, des gouvernements sous sa tutelle, voire des garnisons. Dès 413, Thucydide la décrit comme la puissance qui « exerce seule désormais son hégémonie sur toute la Grèce » (VIII, 2, 4).7 [1]

1.3. La révélation « Epaminondas »

Epaminondas nait vers 418 avant J-C d’une famille noble Thébaine. Après une éducation pythagoricienne de grande qualité, il se distingue très jeune par sa bravoure et sera un des rares démocrates à rester à Thèbes durant l’occupation spartiate, encourageant les jeunes à la lutte.
Dès 379, il mène les hommes au combat et participe à la libération de Cadmée.

Nommé béotarque (général) il s’illustre dans les campagnes contre Sparte de 378-376 avant J-C, parfois malgré une nette infériorité numérique.
C’est en 371 à Leuctres qu’Epaminondas, déjà admiré de tous, affirme son talent pour la tactique en mettant en déroute l’armée spartiate. Cette bataille marque la fin de l’hégémonie de Sparte, la cité guerrière.
En 362 avant J-C il trouve la mort lors de la bataille de Mantinée.
Epaminondas est admiré des auteurs antiques qui voient en lui l’incarnation de la suprématie thébaine, au point que Cornélius Nepos puis Plutarque lui dédieront chacun une biographie au titre identique de « La vie d’Epaminondas »

2. Un modèle stratégique ancien

Le monde antique, et particulièrement le monde grec, ne fait ni de stratégie, ni de tactique non plus d’ailleurs. Il est donc nécessaire d ’exposer les bases de ce combat grec archaïque et étonnamment contradictoire avec la richesse culturelle grecque de l’époque.
Le combat grec ancien est connu sous le nom de « combat hoplitique » tirant son nom du fantassin de l époque qu’est le hoplite.

2.1. L’absurde combat hoplitique

Le combat hoplitique présente l’étonnante particularité d’être rudimentaire. Dans une société grecque sophistiquée, imprégnée de réflexions philosophiques, littéraires, et politiques qui a déjà donnée naissance à Sophocle, Aristophane, Eschyle ou Platon, l’art du combat a été totalement oublié au profit d’un choc militaire brutal, massif et immédiat.
Le hoplite, qui tire son nom de son large et massif bouclier rond et convexe (le hoplon) avec lequel il fait corps, est lourdement équipé pour un poids total d’un minimum de 15 kilos , pouvant monter à plus de 30 kilos. Il se déplace à pied selon trois rythmes : la marche de translation sans équipement, la marche de combat et la course d’assaut.
Une fois mis en place sur le champ de bataille sur un front rectiligne, les soldats sont lancés au pas de course sur un terrain dégagé, en rang serrés à la charge sur environ 200 mètres afin d’assener un choc brutal et exercer une poussée puissante pour refouler l’adversaire.
A l’issue de ce premier contact, les hoplites sont épuisés, les premiers rangs sont fracassés, et les soldats terminent de s’affronter dans un chaos indescriptible.
De l’avis des spécialistes, de tels combats étaient en réalité décisifs dès le premier contact et ne pouvaient durer que quelques minutes en raison de l’épuisement des combattants.
Les cavaliers, archers et soldats légers, quoique plus mobiles et permettant des variations tactiques ne sont pas considérés comme des combattants « honorables » et sont quasiment exclus des combats.

Pour comprendre cette description succincte dans toute son absurdité tactique, il est intéressant d’approfondir la disposition des forces en présence sur le champ de bataille.
L’alignement est dans chaque camp le même. L’unité combattante est l’enomotia constituée de 3 files de 8 hommes (D’après Xénophon, 3 files de 12 hommes dans le cas de Sparte). L’accumulation des enomotia se fait de façon linéaire pour former un long front de contact.
Les forces d’élite, les chefs subalternes et supérieurs sont toujours placés sur l’avant droit de chaque unité. Dans une phalange théorique constituée allant de 3500 à 13000 hommes, l’aile droite est constituée des meilleures unités, des forces d’élite et du général en chef.

Notes de bas de page
[1] cf. wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Sparte#.C3.89poque_classique

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2.2. Les prémisses de la « méthode fabienne »

La méthode dite Fabienne ne trouvera son nom que plus de 150 ans plus tard en 217 av. JC.
Face à Hannibal, le général romain Fabius Maximus invente la guerre d’usure en gardant ses légions dans les collines et évite sciemment un affrontement direct. De sa position il se contente de raids ponctuels rapides très usant pour le moral de l’ennemi.
Ce qui s’appellera plus tard la « méthode Fabienne » est une simple stratégie de refus du contact direct dans un objectif d’épuisement, mais Liddell Hart y voit déjà une « Grande Stratégie » d’approche indirecte.

La méthode Fabienne aussi appelée « stratégie d’évitement » permet, lorsqu’elle est correctement exécutée d’obtenir trois conséquences directes :
- L’’économie des forces du côté du camp choisissant cette méthode, généralement le plus faible des deux camps ;
- L’épuisement de l’ennemi ou la disparition de sa vigilance en raison d’une tension permanente ;
- La gestion du temps : Négative pour l’assaillant qui voit s’épuiser ses ressources psychologiques (motivation) ou matérielles (logistique) et positive pour le défenseur, qui met ce temps à profit pour bâtir une riposte, motiver ses troupes et (re)constituer des réserves.

Renforcer ses troupes

Epaminondas n’a fait qu’utiliser au maximum ce temps pour se renforcer et pour mettre sur pied une armée d’élite qui deviendra célèbre sous le nom de « Bataillon Sacré » et dont il se servira comme fer de lance dans les différentes batailles. Ce « Bataillon Sacré » de Pélopidas est un corps d’élite constitué de 150 couples d’amants-guerriers, d’une extraordinaire cohésion.
Parallèlement, la Confédération athénienne, dont fait partie Thèbes, temporairement soulagée de la pression de Sparte, met ce répit à profit pour reconstituer sa flotte.

Epuiser l’ennemi

Du fait de la stratégie d’évitement d’Epaminondas, l’armée spartiate parcoure vainement la Béotie pendant plusieurs années sans rencontrer les forces ennemies. Cette course désespérée vers un combat qui lui échappe altère sensiblement la motivation des troupes. Celles-ci commencent à douter de leurs maîtres et le sentiment de désaffection grandit.
L’épuisement est à la fois physico-logistique et psychologique. Si le premier est intéressant, le vrai épuisement à rechercher par le stratège est le second. En effet, c’est l’épuisement psychologique qui va creuser des brèches qui deviendront vite des abîmes dans l’organisation des troupes ennemies. Les troupes doutent, les chefs ne sont plus motivés, les ordres sont mal ou pas transmis, puis mal ou pas appliqués. Et lors de la confrontation, l’énergie développée au combat est réduite à son minimum.
Dans ce cas typique, l’effondrement d’une force peut être comparé à un ballon de baudruche qui se dégonfle rapidement et sans contrôle.

Prendre le contrôle du temps

La gestion du temps en période de conflit est un élément primordial du combat. Une méthode Fabienne, utilisée au moment le plus favorable, offre à celui qui l’applique la reprise de contrôle sur le temps. Grâce à ce recul stratégique face au fort, le faible décide du moment du combat.
En utilisant ce gain de temps dans une ligne stratégique claire, Thèbes réussit à inverser une partie du rapport de forces. Lorsque les batailles reprendront, les armées de Thèbes et celles de la Confédération athénienne auront été mentalement renforcées, et la motivation de l’armée de sparte sera fortement affaiblie.

3. La bataille de LEUCTRES

3.1. Forces en présence [1]

Ainsi, Sparte aligne environ 10.000 hoplites sur-entrainés pour la guerre depuis leur plus jeune âge et un millier de cavaliers, contre environ 5 à 6.000 hoplites amateurs et 1500 cavaliers pour Thèbes.
La supériorité numérique de Sparte est écrasante. Aussi au regard des forces en présence, et dans l’hypothèse d’un choc frontal directement issu du standard de combat hoplitique, Thèbes peut être considérée comme écrasée avant même le début du combat. Et tel aurait été le cas si le déroulement du combat avait été une stricte application des règles d’engagement traditionnelles.

Notes de bas de page
[1] Toutes les données de ces épisodes antiques sont très discutées, mais nous en dégagerons des ordres de grandeur.

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3.2. Plan simplifié de la bataille

3.3. Du choc brutal au chaos

Face au Roi spartiate Cléombrotos qui aligne sa phalange dans le plus pur respect de la tradition du combat hoplitique, le thébain Epaminondas, conscient d’un rapport de force en sa défaveur, désaxe le champ de bataille et modifie son centre de gravité.
Sur son flanc gauche au lieu de limiter de 8 à 12 rangées généralement disposées, il renforce de 42 rangées supplémentaires portant le nombre de combattants à plus de 2400 contre les 600 habituels. A cette masse considérable de hoplites, il ajoute le Bataillon Sacré de Pélopidas, son unité d’élite de 300 hommes.

Quant au reste du front très affaibli, il ne doit pas avoir à combattre et se retrouve placé en dégradé, en recul de la ligne de front.
Après un premier assaut, en raison de sa supériorité numérique, la cavalerie thébaine disperse celle de Sparte, l’énorme force de frappe est lancée, accompagnée du Bataillon Sacré en direction de la tête de l’armée spartiate.
En un seul choc, la massue thébaine va littéralement défoncer les lignes spartiates, décapitant leurs officiers supérieurs, et le Bataillon Sacré prend au piège le Roi Cléombrotos avec sa garde personnelle composée des troupes d’élite de la cité et les tue.

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3.4. La rupture stratégique

La rupture de rythme

La stratégie d’évitement déployée pendant de longues années a été l’acte préparatoire de la victoire à venir. C’est elle qui a installée une vision déformée de Sparte sur son ennemi. Comment imaginer que Thèbes qui fuit le combat depuis aussi longtemps, soit en mesure de bouleverser le combat traditionnel avec une hardiesse inimaginable ? Le « travail » de l’évitement a conforté Sparte dans son complexe de supériorité, et ébranlé la motivation de ses soldats.
La rupture de rythme est en soi constitutive d’un effet de surprise.
« Dans le domaine des Arts militaire, [...] tout obéit au rythme et à la cadence. Dans les arts et techniques on ne peut aller contre le rythme »[1] Saisir le rythme du combat est indispensable pour faire corps avec lui, pour savoir quand il est nécessaire de ralentir ou d’accélérer.

Il est toujours difficile pour les militaires d’adopter une telle stratégie, comme il est difficile à leurs donneurs d’ordre (autorités politiques) de la comprendre. Les protagonistes d’un combat ont envie d’en découdre et un évitement perçu comme un recul, une faiblesse.
En psychologie, l’état d’esprit des belligérants est soumis naturellement à ce que l’on nomme communément « l’effet de gel », soit une sur-amplification de l’importance des décisions antérieures et une incapacité à revenir en arrière « Si je l’ai décidé, c’est que j’avais de bonnes raisons, donc je continue quoiqu’il arrive » [2].

Le déplacement du centre de gravité

« Le stratège habile impose sa volonté à l’ennemi. Il ne permet pas à l’ennemi de lui imposer la sienne » Sun Tzu. Epaminondas inverse le schéma conventionnel de disposition des troupes. Il « refuse » son aile droite, et place une écrasante supériorité de forces face à l’aile droite spartiate.
Ce faisant, il adopte une rupture imprévisible dans le schéma traditionnel de combat qui conduit à un déplacement brutal du centre de gravité.
La masse disposée face à l’aile droite spartiate est impressionnante (environ 50 rangs au lieu des 12 habituels, renforcée par le Bataillon Sacré).
Le pari est risqué car l’armée de Sparte est constituée de soldats professionnels, sur-entraînés, sur-motivés, et maîtrisant parfaitement les règles d’engagement classiques. Sans innovation, l’issue funeste d’un tel affrontement est certaine.
Pourtant, la droite spartiate s’effondre sous la puissance thébaine, ses officiers et son général sont tués, l’armée spartiate défaite est immédiatement mise en fuite.

L’attaque « du fort au fort »

Epaminondas est conscient du déséquilibre des forces en présence. Par la rupture du schéma conventionnel et le déplacement du centre de gravité, il viole le principe de tactique (!) élémentaire du combat hoplitique et choisit d’emblée de frapper « du fort au fort ».
La structure du positionnement dans le combat hoplitique oriente le combat vers un affrontement « du fort au faible » donnant d’ailleurs au champ de bataille un mouvement de rotation naturelle.
La rupture décidée par le général Thébain est encore amplifiée par le choix de l’attaque de « l’ultra-fort au fort », seul moyen de pouvoir l’emporter.
Les auteurs classiques de la stratégie, de Sun Tzu à Lidell Hart en passant par Machiavel ou Clausewitz, insistent constamment sur le risque d’une telle entreprise et enjoignent toujours d’écarter cette possibilité.
Mais ces auteurs oublient trop vite que la principale qualité du stratège sur le terrain est sa capacité d’adaptation. Epaminondas n’avait en réalité pas d’autre choix face à une défaite assurée. Les manœuvres préparatoires d’évitement étaient nécessaires mais non suffisantes. C’est uniquement son talent de stratège qui lui permet de poser objectivement la problématique et d’apporter une innovation dans l’art de la guerre.

Notes de bas de page
[1] Gorin No Sho ou Traité des Cinq Roues, Miyamoto Musashi.
[2] « L’effet de gel » est une notion découverte dans les années quarante par le psychologue américain Kurt Lewin et qui servira de base à sa théorie de l’engagement. Avec « l’effet de gel » Kurt Lewin met en évidence l’incroyable efficacité de l’obtention d’actes librement décidés qui « gèlent » les décisions ultérieure par delà tout effet de persuasion ou acte d’autorité.

* * *

4. Après LEUCTRES

Lors de la bataille de Mantinée, Epaminondas applique une seconde fois l’innovation qui lui a apportée la victoire lors de la bataille de Leuctres. Dans la droite ligne de l’affirmation de Sun Tzu : « C’est pourquoi, lorsque j’ai remporté une victoire, je n’utilise pas une seconde fois la même tactique mais, pour répondre aux circonstances, je varie ma manière à l’infini [1] », Epaminondas va réutiliser la même stratégie mais remaniée.
Les Mantinéens et leurs alliés bloquent la route entre deux sommets escarpés et les Thébains défilent devant le front ennemi pour s’arrêter et mettre l’arme au pied, simulant ainsi la préparation d’un bivouac. L’ennemi relâchant alors sa vigilance, Épaminondas fait avancer son armée en formation oblique contre la droite ennemie tandis que sa cavalerie et ses troupes légères clouent l’aile gauche adverse. La massive phalange thébaine enfonce alors l’aile droite des alliés qui rompt le combat et s’enfuit, suivie, peu après, par toute l’armée alliée.
Sun Tzu ne disait-il pas : « Tout l’art de la guerre est basé sur la duperie » [2] ?

Conclusion

Que retenir de cet épisode grec qui, par l’inattendue défaite de la cité guerrière de Sparte, voit basculer le rapport de forces entre les cités Etats et la fin de l’hégémonie spartiate ?
Au delà de la stratégie guerrière, il est primordial de retenir les tenants psychologiques du combat.

La psychologie de Sparte est celle de la puissance dominante. Toute confrontation directe est vouée à l’échec mais, sous le poids de la tradition, l’armée spartiate est un colosse aux pieds d’argile.
La psychologie des chefs de Sparte est à envisager sur une longue période. Sparte est la cité la plus puissante de la Grèce. Elle est totalement tournée vers son entrainement militaire et ses qualités intrinsèques vont se retourner brutalement contre elle.
L’absence de combat en raison de la méthode fabienne d’Epaminondas, détourne la raison d’être des spartiates et les atteints au fondement même de leur existence. A défaut de combat, le soldat surentrainé sans combat se démobilise et perd toute motivation.
Les chefs spartiates sont tellement assurés de leur toute puissance et de leur parfaite connaissance de la chose militaire qu’ils n’envisagent même pas la possibilité d’une défaite. La méthode a toujours fonctionné, donc elle fonctionnera encore. Pourquoi envisager de modifier un schéma tactique ancestral et gagnant ?
« L’habitude tue » est une sentence chère aux démineurs, qui s’applique à de nombreuses situations et c’est l’habitude donc l’absence de doute qui va perdre Sparte.

La psychologie d’Epaminondas est celle du faible face à une situation désespérée. C’est la froideur de l’analyse de la situation qui lui permet d’échafauder un plan considéré comme dément par ses pairs, de s’affranchir de la tradition et de n’avoir pour seul objectif que la victoire.
Bien des siècles plus tard la phrase de Miyamoto Musashi : « Dans notre école, il faut vaincre, que l’on ait une arme longue ou une arme courte. La longueur d’un sabre ne nous importe donc pas. Volonté de vaincre par n’importe quel arme : c’est la Voie de notre école » [3].
La vision de ce général d’une intelligence tactique surprenante est « mécanique et algorithmique », son analyse dépassant les traditions séculaires, les habitudes et la crainte inspirée par un ennemi redoutable.
En s’extrayant de tout ce contexte, en libérant son esprit, le général thébain se place en position d’effectuer une analyse objective de la situation. Dans cette analyse, rien n’est écarté d’emblée, chaque point est envisagé et la décision est prise en parfaite objectivité.

Notes de bas de page
[1] L’Art de la Guerre, Sun Tzu
[2] L’Art de la Guerre, Sun Tzu
[3] Gorin No Sho ou Traité des Cinq Roues, Miyamoto Musashi.

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Bibliographie

LIDELL HART Basil Henry, Stratégie,
MUSASHI Miyamoto, Gorin no sho,
SUN TZU, L’art de la guerre,
WATZLAWICK Paul, Changements,

Articles

René HYS, Toute stratégie est mécanique et algorithmique, 2010 réécrit en 2011

 

 
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