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La Droite en 4 leçons

 

LA DROITE FRANCAISE EN 4 ACTES ET 4 LECONS
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PROLOGUE

Après la victoire éclatante de Nicolas Sarkozy, au moment de la préparation des prochains scrutins, le constat est clair : A droite, la mue n’a pas eu lieu, les effectifs ont fondu, la relève est inexistante et aucune métamorphose ne s’est produite.
Nicolas Sarkozy incarnait ce qui allait devenir un slogan de campagne sur le continent américain : « CHANGE » : le changement.
Changement des méthodes, changement d’attitude, changement des équipes, changement de la perception du monde ...« CHANGE » ?

Car depuis des décennies, la droite perd du terrain, et même si parfois des résurgences erratiques peuvent faire illusion, elle ne sont que temporaires et masquent des carences vitales qui ne peuvent qu’aboutir à un dévissage inéluctable de ses valeurs.
La droite est profondément ancrée sur un système de gestion de ses élites totalement dépassé qui prouve année après année son inaptitude au combat.
Ce système trouve son expression dans la décapitation systématique des talents issue d’une paranoïa maladive, dans cette incapacité à conquérir de nouveaux espaces jugés pas assez nobles, dans un manque de respect total de l’humain, dans un culte de la race des seigneurs totalement irréel et dépassé.

ACTE 1 : A CHARGE DE REVANCHE

Les partis de droite refusent la détection des talents.
Le système de valorisation des élus dans les partis de droite est extrêmement simple : du notable, rien que du notable !
L’absence totale d’engagement militant, l’absence totale de fond politique ne sont pas des critères satisfaisants : le seul critère jugé décisif est le niveau de notabilité.

Si le principe est simple les conséquences sont forcément désastreuses. L’intérêt commun, les valeurs, la ligne politique ne sont plus des critères objectifs, et la carrière politique devient une sorte d’aboutissement d’une « carrière » de notable. Sur la base d’un tel principe, le fond du discours disparaît toujours plus laissant place à la connivence et l’arrangement entre gens « ayant réussi ». L’intérêt commun est une donnée oubliée, puisque seul prime l’intérêt personnel, celui de l’ultime reconnaissance d’une vie de notable à l’intérieur d’un petit cercle d’amis ... vieux, riches et finalement corrompus.

Le socle des valeurs de droite est fondé sur la préservation des privilèges et finalement l’extermination des talents. Des maires, des conseillers généraux, des députés ... investis pendant des décennies jusqu’à des âges à faire passer Mathusalem pour un enfant de six semaines.
Le principe est simple : « Tu es un notable, donc tu sera investi, puis tu accapareras tous les postes possibles et surtout, tu ne laisseras personne remettre en cause ta domination ». C’est comme cela que l’on retrouve des élus, accaparant le maximum de mandats, toutes les présidences d’organismes sur l’ensemble d’un département, parallèlement aux directions des chambre de commerce, etc ... La droite génère donc des surhommes tellement brillants qu’ils peuvent évidemment tout faire en même temps, car ils sont l’alpha et l’oméga, la quintessence du surhomme de droite.

Et gare à ceux qui, par leur ambition ou leur talents naturels, sont potentiellement en mesure de remettre en cause cette hégémonie car seuls peuvent être admis ceux qui ont fait allégeance. Pour les autres, ils se transforment immédiatement en cibles prioritaires qu’il est nécessaire d’exterminer sans perdre de temps, sans aucune limite sur les moyens et les méthodes. Et c’est comme cela que des gens de valeur qui ont eu le tort d’avoir du talent se retrouvent bannis, discrédités dans leur environnement politique, sont attaqués dans leur environnement professionnel, et parfois même directement dans leur vie personnelle.

Leçon N°1 : Dans les baronnies de droite, il est interdit d’avoir du talent !

ACTE 2 : PRIVILEGES NEC MERGITUR

Avec le temps, tous les talents disparaissent, les barons deviennent omnipotents, leur arrogance et leur mépris n’ont plus aucune limite ... jusqu’au jour où le camp adverse remporte l’élection et les envoie dans la maison de retraite dorée qu’ils se sont constituée au fil du temps ! Les vieux notables disparaissent alors et laissent sur place un champ de ruine, jusqu’à l’apparition de nouveau notables qui sauront reprendre le flambeau.
L’extermination systématique des talents conduit à toujours plus d’affaiblissement de la force militante, à la disparition du fond et des valeurs, et obligatoirement à un recul des positions.

Le verrouillage systémique des acquis interdit l’élaboration de stratégies de conquête.
Dans une telle configuration la conquête ne présente aucun intérêt ou tout au moins ne présente d’intérêt que si elle permet d’asseoir une domination totale afin de ne plus prendre en compte que la possession des fonctions, la préservation des privilèges et l’extermination des talents.

Le Parti n’est plus alors qu’une marque, que l’emblème que l’on ressort au moment des élections afin de continuer son parcours, mais ses valeurs, ses combats, ses stratégies n’ont plus la moindre importance : elles deviennent parfois même des nuisances pour des barons qui ne proposent plus rien, de peur de perdre la petite parcelle de pouvoir qu’ils détiennent. Ces mêmes barons indétrônables se payent le luxe de jouer à cache-cache avec le logo du parti, l’utilisant pour profiter de « l’aspiration » d’une vague montante, ou de ne même plus le faire apparaître si le contexte est à une probable vague descendante.

Entretenir un modus vivendi est alors la seule ambition. Les potentielles stratégies de conquête (d’ailleurs inexistantes dans les faits) n’ont de toute façon pas lieu de cité, car elles représentent des risques majeurs de crise dans le maintien du contrôle de la baronnie.

Leçon N°2 : La conquête des privilèges prime sur la conquête politique.

ACTE 3 : ALLEZ COLLER, MON BRAVE !

Les partis expriment principalement leur inaptitude au respect des électeurs et des militants.
Il est évident que dans un tel environnement plus rien ne compte hormis la guerre de position. Creuser des tranchées les plus profondes possibles et extraire le maximum de privilèges.
Les partis de droite n’aiment pas les gens. Ils surfent sur un marché. Aimer les gens seraient un signe de faiblesse.

Même si aimer les gens est un signe de faiblesse, on pourrait au moins s’attendre à un minimum de respect. Un respect qui semblerait nécessaire déjà avec ses propres militants.
Mais toute la démonstration précédente permet de déduire comment les militants sont considérés. Un militant a la chance de côtoyer la lumière ! Cela doit représenter pour lui le privilège suprême. Il n’a rien à demander, car il a cette chance incroyable de pouvoir approcher LE notable, L’élu, celui qui a le pouvoir. Il devra s’en contenter.
Ce privilège qui lui est accordé permet de s’affranchir de tout remerciement, de toute formation, de tout espoir de progresser dans la vie politique.

Le militant est de la chair à canon, il est là pour coller des affiches, plier des courriers et applaudir lors des meetings. Il ne manquerait plus qu’en plus il pense !!!! Si il a le malheur de le faire alors son sort est scellé : il sera éliminé.

Leçon N°3 : Les électeurs ? Tous des débiles qui ne comprennent rien à rien !
(mention spéciale pour cette leçon reprenant les paroles in extenso d’un député qui fut au gouvernement)

ACTE 4 : TU SERAS MINISTRE, MON FILS

Par voie de conséquence à droite on ne forme personne.
Car cela devrait être la base de tout. Un Parti doit être en mesure de former ses équipes, de former ses cadres, de détecter les talents qui feront sa force de demain. Au regard de tout ce qui a été développé, ce genre de chose ne peut exister. Pourquoi former des militants dont la seule fonction est d’obéir, pourquoi former des cadres qui risquent un jour de montrer plus de talents que leurs aînés.

Former est une chose impossible. Former présente trop de risques pour les notables en place, alors on invente des concepts de formation qui ne sont que des débats stériles sur l’actualité. C’est facile, on n’apprend rien à personne, mais le militant a l’impression ponctuelle d’être un acteur et l’image est sauve. Bien sûr, ceux qui ont vraiment du talent n’y vont jamais car ils connaissent l’inutilité de ces ersatz.

Vous êtes-vous demandé ce que deviennent dans les département les « responsables jeunes départementaux » ? Rien ! Car former les militants de talent, ce serait abandonner les racines mêmes du fonctionnement actuel ,et anéantir la culture des notables.

Leçon N°4 : Coopter pour ne pas disperser l’héritage

EPILOGUE : A BON ENTENDEUR !

Les partis de droite et principalement l’UMP [« le machin », une référence très pertinente, non ? :-) ] perdent du terrain sur leurs adversaires à chaque élection. Non pas que les partis progressistes (de gauche) ou extrémistes (des deux bords opposés) soient meilleurs, mais plutôt parce qu’intrinsèquement la droite est une « machine à perdre » au long terme.
Les partis de gauche ne sont pas moins corrompus (ils installent tous leur progéniture dans des appartements immenses et luxueux des plus beaux quartiers de Paris et font salon dans leurs riads au Maroc), mais ils possèdent au moins cette capacité à renouveler leurs cadres.

Les collectivités territoriales sont tombées les unes après les autres, entraînant un jour la perte du Sénat puis la prochaine défaite aux élections présidentielles et certainement des législatives qui suivront.
Car la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 n’était pas due à un basculement de l’efficacité des conservateurs, mais juste un épiphénomène généré par le charisme étonnant de l’homme qui a pu créer l’illusion qu’il incarnait le changement. Plus dure sera la chute ! La droite ne peut plus reprendre du terrain que « par défaut » sur les erreurs de l’autre camp, par l’apparition d’un homme (ou d’une femme) charismatique, ou une révolution dans les mentalités, le fonctionnement et l’organisation du parti majoritaire.

Tours le 05 mars 2010

 

 
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